Honoraires syndic sur travaux : ce que la loi impose réellement
Loi Boutin, ALUR, article 18-1 A : comprenez les règles légales sur les honoraires du syndic pour les travaux en copropriété, le vote en AG et les erreurs

La rémunération du syndic pour les travaux en copropriété n'est pas régie par la loi Boutin mais par la loi ALUR de 2014, via l'article 18-1 A de la loi de 1965. Elle impose que ces honoraires soient votés lors de la même assemblée générale et avec la même majorité que les travaux concernés.
Contrairement à une idée reçue, la fameuse "loi Boutin" n'est pas le texte qui régit les honoraires du syndic sur travaux. La règle applicable provient de la loi ALUR de 2014, qui a instauré un verrouillage strict : aucune rémunération supplémentaire pour le suivi de travaux ne peut être perçue par le syndic sans un vote en assemblée générale. Ce vote doit se tenir lors de la même AG et à la même majorité que celle requise pour les travaux eux-mêmes, une protection essentielle pour les finances de la copropriété.
Ce qu'il faut retenir
- La réglementation des honoraires syndic sur travaux provient de la loi ALUR de 2014, et non de la loi Boutin de 2009.
- Le vote des honoraires doit impérativement avoir lieu lors de la même AG que le vote des travaux.
- La majorité requise pour approuver les honoraires du syndic est identique à celle requise pour les travaux concernés.
- Un syndic ne peut en aucun cas percevoir des honoraires pour des travaux qui n'ont pas été explicitement votés en AG.
- Les copropriétaires peuvent contester et demander le remboursement des honoraires facturés sans vote régulier.
"Loi Boutin" sur les honoraires syndic : de quoi parle-t-on vraiment ?
Lorsqu'on évoque la rémunération du syndic pour le suivi des travaux, le nom de "loi Boutin" est souvent mentionné par les copropriétaires. Pourtant, cette référence est un abus de langage qui crée une confusion. Il est crucial de distinguer les textes pour comprendre précisément les droits et obligations de chacun. Le cadre légal actuel a été profondément modifié, non pas par la loi Boutin, mais par une législation plus récente qui a renforcé la protection des copropriétaires.
La bonne connaissance des textes applicables est la première étape pour contrôler la gestion du syndic et maîtriser les charges de copropriété. Sans cette clarification, de nombreuses copropriétés risquent de payer des sommes non dues ou de valider des pratiques illégales par simple méconnaissance. Savoir quel article de loi citer et sur quel texte s'appuyer est déterminant en cas de désaccord avec son syndic.
Loi ALUR 2014 vs loi Boutin 2009 : ne pas confondre
La loi du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion, dite "loi Boutin", a bien traité de sujets immobiliers, mais elle ne concerne pas directement la question des honoraires de syndic pour les travaux. L'amalgame vient du fait qu'elle a touché à de nombreux aspects du logement.
Le texte qui a véritablement changé la donne est la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, plus connue sous le nom de loi ALUR. C'est elle qui a modifié en profondeur la loi fondatrice du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété. Selon les archives de Legifrance (2014), c'est bien la loi ALUR qui a introduit des règles strictes pour encadrer ces rémunérations spécifiques, considérées comme des prestations particulières en dehors du forfait de base.
L'article 18-1 A de la loi de 1965 : le texte de référence
Le cœur du dispositif se trouve dans l'article 18-1 A de la loi du 10 juillet 1965. Créé par la loi ALUR, cet article est le fondement légal sur lequel les copropriétaires doivent s'appuyer. Il stipule clairement que les honoraires du syndic pour les prestations de suivi de travaux ne relevant pas de sa gestion courante sont spécifiques et nécessitent une décision de l'assemblée générale.
Avant cette loi, les contrats de syndic incluaient souvent une clause prévoyant un pourcentage automatique sur le montant des travaux, ce qui laissait peu de marge de négociation à la copropriété. L'article 18-1 A a mis fin à cette pratique en conditionnant toute rémunération exceptionnelle à un vote démocratique des copropriétaires. C'est donc ce texte, et non une "loi Boutin", qu'il faut avoir en tête pour toute discussion relative à ces frais. Le rôle et les obligations du syndic de copropriété sont ainsi précisément délimités.
Ce que l'article 18-1 A interdit et autorise : la règle du vote en AG
La loi est sans équivoque sur la procédure à suivre. L'article 18-1 A de la loi de 1965, dans sa rédaction issue de la loi ALUR (2014), a posé un principe simple et puissant pour protéger les intérêts financiers du syndicat des copropriétaires. Il subordonne la perception d'honoraires supplémentaires à une double condition de temps et de procédure de vote.
Cette règle a été conçue pour garantir la transparence et permettre aux copropriétaires d'approuver en pleine connaissance de cause non seulement le coût des travaux, mais aussi le coût de leur supervision. Elle empêche le syndic d'imposer unilatéralement sa rémunération ou de la faire valider a posteriori. La maîtrise de cette règle est un outil essentiel pour tout conseil syndical ou copropriétaire vigilant. Elle s'articule autour d'un principe de parallélisme des formes : la décision sur les honoraires suit exactement le même chemin que la décision sur les travaux.
Même AG, même majorité : le principe clé
Le principe fondamental, tel qu'énoncé par l'article 18-1 A de la loi de 1965, est le suivant : "Ces honoraires sont votés lors de la même assemblée générale que les travaux concernés, aux mêmes règles de majorité." (source : Legifrance, 2014). Cette phrase est capitale.
- Même assemblée générale : Les deux résolutions (travaux et honoraires) doivent être soumises au vote au cours de la même séance. Un syndic ne peut pas faire voter des travaux une année et présenter la "facture" de ses honoraires l'année suivante.
- Mêmes règles de majorité : La majorité requise pour valider les honoraires est strictement identique à celle requise pour les travaux. Si des travaux d'entretien sont votés à la majorité simple de l'article 24, les honoraires le seront aussi. Si un ravalement important est voté à la majorité absolue de l'article 25, les honoraires devront obtenir cette même majorité. Connaître la majorité de vote pour les travaux en copropriété est donc indispensable.
Quels travaux sont concernés par ces honoraires spécifiques ?
Ces honoraires spécifiques ne concernent que les travaux qui ne relèvent pas de l'administration courante de l'immeuble. La gestion courante (incluse dans le forfait de base du syndic) couvre les petites réparations et l'entretien normal. Les honoraires supplémentaires sont justifiés pour des prestations exceptionnelles qui demandent un suivi technique, administratif et financier important. Sont notamment concernés :
- Les travaux d'envergure comme le ravalement de la façade ou la réfection de la toiture.
- La rénovation des parties communes (cage d'escalier, hall d'entrée).
- L'installation ou le remplacement d'équipements collectifs (ascenseur, chaudière).
- Les études techniques, diagnostics et audits préalables à de gros chantiers. La question de savoir si les honoraires syndic sur travaux sont HT ou TTC doit également être précisée dans la résolution soumise au vote.
Par exemple, un ravalement de façade en copropriété 2026 fait partie de ces travaux d'envergure nécessitant un vote spécifique pour les honoraires du syndic.
Ce que le syndic ne peut absolument pas faire
La loi est très claire sur les interdictions. L'article 18-1 A précise que le syndic "ne peut en aucun cas" percevoir d'honoraires qui n'auraient pas été votés selon les règles. Concrètement, un syndic ne peut pas :
- Facturer des honoraires sur la base d'une simple clause de son contrat qui prévoirait un pourcentage automatique sur tous les travaux. Une telle clause est réputée non écrite.
- Ajouter ses honoraires aux appels de fonds pour les travaux sans qu'un vote distinct ait eu lieu.
- Demander une ratification a posteriori de ses honoraires (sauf dans le cas très spécifique des travaux urgents).
- Prétendre à une rémunération pour des travaux de gestion courante en les qualifiant d'exceptionnels. Le non-respect de cette règle constitue une faute de gestion pouvant engager la responsabilité du syndic.
Cas pratique chiffré : honoraires syndic sur travaux de ravalement
Pour bien comprendre l'application de la loi, rien ne vaut un exemple concret. Imaginons une copropriété qui doit procéder au ravalement de sa façade, un projet important tant sur le plan technique que financier. Le syndic a pour mission de piloter le projet, de la consultation des entreprises à la réception des travaux. Cette prestation sort du cadre de sa gestion quotidienne et justifie donc une rémunération complémentaire. Voyons comment le processus doit se dérouler dans le respect de l'article 18-1 A. Ce scénario illustre les étapes clés que tout copropriétaire doit savoir identifier pour s'assurer de la légalité de la procédure.
Étape 1 : inscrire les honoraires syndic à l'ordre du jour
La première obligation du syndic est la transparence. Avant l'assemblée générale, en préparant l'ordre du jour, il doit impérativement inclure deux résolutions distinctes :
- Une résolution pour l'approbation des travaux de ravalement, en précisant l'entreprise retenue et le montant du devis (par exemple, 150 000 €).
- Une seconde résolution, séparée, pour l'approbation de ses honoraires spécifiques pour le suivi de ces travaux. Cette résolution doit indiquer clairement le mode de calcul (souvent un pourcentage du montant HT des travaux) et le montant total qui en résulte.
Si la résolution concernant les honoraires est absente de l'ordre du jour, ils ne pourront tout simplement pas être votés ni, a fortiori, facturés. C'est un point de vigilance majeur pour le conseil syndical lors de la relecture de la convocation à l'AG.
Étape 2 : le vote en AG et la majorité requise
Lors de l'assemblée générale, les copropriétaires se prononcent. Les travaux de ravalement, selon leur nature, sont généralement votés à la majorité absolue de l'article 25 de la loi de 1965 (majorité de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents). Pour que le syndic puisse percevoir ses honoraires, sa résolution doit donc également être adoptée à cette même majorité de l'article 25. Si les travaux sont approuvés mais que la résolution sur les honoraires est rejetée, le syndic est tenu de superviser les travaux (qui ont été votés) sans percevoir de rémunération supplémentaire. Cette situation, bien que rare, est légalement possible et souligne l'indépendance des deux votes.
Étape 3 : que se passe-t-il si le vote est absent ?
Si le syndic omet de soumettre ses honoraires au vote, ou si la résolution est rejetée, la conséquence est simple : il n'a droit à aucune rémunération supplémentaire pour ces travaux. S'il facturait malgré tout des honoraires, en les intégrant par exemple dans les appels de fonds, le syndicat des copropriétaires serait en droit d'exiger le remboursement intégral de ces sommes. L'absence de vote en assemblée générale rend la créance du syndic totalement inexistante sur le plan juridique. Le procès-verbal de l'AG fait foi : ce qui n'y figure pas comme ayant été approuvé ne peut être exigé.
L'erreur courante qui coûte cher aux copropriétaires
L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus coûteuses pour une copropriété est de ne pas vérifier la conformité des pratiques de son syndic avec la loi ALUR. Certains syndics, par habitude ou par une interprétation erronée de la loi, continuent d'appliquer des méthodes qui ne sont plus légales depuis 2014. Cette négligence peut aboutir à des paiements indus de plusieurs milliers d'euros sur des chantiers importants. La vigilance des copropriétaires, et en particulier du conseil syndical, est la meilleure protection contre ces dérives. Identifier ces pratiques permet non seulement de réaliser des économies substantielles, mais aussi de rappeler au syndic ses obligations légales et de restaurer une relation de confiance basée sur la transparence.
Honoraires intégrés au contrat de base : une pratique illicite ?
Une pratique à surveiller de près est l'inclusion dans le contrat de syndic d'une clause stipulant un pourcentage d'honoraires fixe pour tous les travaux futurs votés en AG. Par exemple : "le syndic percevra des honoraires de 3% HT sur le montant de tous les travaux exceptionnels". Depuis la loi ALUR, une telle clause est considérée comme illicite et réputée non-écrite. Elle contrevient directement à l'esprit et à la lettre de l'article 18-1 A, qui impose un vote spécifique pour chaque opération de travaux. Le montant ou le pourcentage des honoraires doit pouvoir être débattu et négocié à chaque projet, en fonction de sa complexité et de la charge de travail réelle pour le syndic. Accepter un contrat avec une telle clause revient à donner un chèque en blanc à son syndic, ce que la loi interdit précisément.
Comment contester des honoraires non votés : la marche à suivre
Si vous constatez que votre syndic a facturé des honoraires sur travaux sans vote, ou sur la base d'une clause illicite, il faut agir méthodiquement.
- Vérification : Rassemblez les documents pertinents : ordre du jour de l'AG, procès-verbal (PV) et appels de fonds. Assurez-vous qu'aucune résolution sur les honoraires n'a été votée ou que la majorité n'a pas été atteinte.
- Mise en demeure : Le conseil syndical (ou un copropriétaire) doit adresser au syndic une lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier doit exposer les faits, rappeler la règle de l'article 18-1 A et exiger le remboursement des sommes indûment perçues dans un délai précis.
- Recours judiciaire : Si la mise en demeure reste sans effet, le syndicat des copropriétaires peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir le remboursement.
⚠️ Attention : Les démarches judiciaires peuvent être longues. Il est recommandé de se faire accompagner par un professionnel (avocat, association de copropriétaires) pour évaluer la situation. Cette démarche ne garantit pas un résultat positif mais vise à faire respecter le droit de la copropriété.
Travaux urgents et honoraires syndic : un cas particulier à connaître
Il existe une exception notable au principe du vote préalable en assemblée générale : les travaux urgents. La loi reconnaît que certaines situations critiques ne peuvent attendre la convocation d'une AG. L'article 18 de la loi de 1965 autorise en effet le syndic à prendre l'initiative de faire réaliser des travaux nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble. Cela peut concerner une fuite importante en toiture, une panne de chaudière en plein hiver ou la sécurisation d'un élément menaçant de s'effondrer.
Dans ce contexte particulier, la procédure de validation des honoraires est adaptée. Le syndic peut engager les dépenses pour les réparations sans accord préalable. Cependant, il a l'obligation de convoquer une assemblée générale immédiatement après pour informer les copropriétaires des actions menées et faire ratifier les dépenses. C'est lors de cette AG de régularisation que la question de ses honoraires sera soumise au vote, a posteriori. Le principe de la décision collective est donc respecté, bien que différé par l'urgence. Pour plus de détails, consultez notre guide sur les travaux urgents en copropriété sans vote AG.
Récapitulatif : les droits du copropriétaire face aux honoraires syndic sur travaux
Face à la complexité des règles de copropriété, chaque copropriétaire dispose de moyens concrets pour contrôler la facturation des honoraires de travaux et faire valoir ses droits. Une attitude proactive et vigilante est le meilleur garant d'une gestion saine et transparente. Voici une liste de réflexes à adopter pour s'assurer que la loi est bien respectée.
- Vérifiez systématiquement l'ordre du jour : Avant chaque AG, assurez-vous qu'une résolution spécifique pour les honoraires du syndic accompagne chaque projet de travaux proposé. L'absence de cette résolution est un signal d'alerte.
- Contrôlez le procès-verbal de l'AG : Après l'assemblée, lisez attentivement le PV. Il doit mentionner le résultat du vote pour les travaux ET pour les honoraires, avec la majorité obtenue pour chaque résolution. C'est votre preuve juridique.
- Examinez les appels de fonds : Comparez les montants demandés par le syndic avec ce qui a été voté en AG. Tout écart doit être justifié.
- Relisez votre contrat de syndic : Assurez-vous qu'il ne contient pas de clause prévoyant une rémunération automatique pour les travaux. Si c'est le cas, sachez qu'elle est illégale.
💡 À noter : Chaque situation est unique. En cas de doute ou de litige avéré, n'hésitez pas à solliciter l'avis d'un professionnel du droit immobilier ou d'une association de défense des copropriétaires. Ils pourront vous fournir un conseil adapté à votre cas.
Sources
Le contenu de cette page a une vocation pédagogique et ne vaut pas recommandation d'investissement. Consultez un intermédiaire agréé pour une analyse adaptée à votre profil.
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Questions de copropriétaires
Qu'est-ce que la loi Boutin sur les honoraires du syndic ?
Non, le terme "loi Boutin" est un abus de langage courant. La loi qui encadre les honoraires du syndic sur travaux est en réalité la loi ALUR du 24 mars 2014, qui a modifié la loi de 1965 en y ajoutant l'article 18-1 A. C'est ce texte qui impose les règles de vote spécifiques.
Le syndic peut-il facturer des honoraires sur travaux sans vote en assemblée générale ?
Non, c'est formellement interdit par l'article 18-1 A de la loi du 10 juillet 1965. Toute rémunération spécifique pour le suivi de travaux doit faire l'objet d'un vote exprès en assemblée générale, distinct du vote des travaux eux-mêmes, lors de la même séance.
À quelle majorité sont votés les honoraires du syndic pour les travaux ?
Les honoraires du syndic sont votés exactement à la même majorité que les travaux qu'ils concernent. Par exemple, si un ravalement de façade est voté à la majorité de l'article 25, les honoraires du syndic pour ce ravalement doivent aussi obtenir la majorité de l'article 25.
Que faire si le syndic a facturé des honoraires sur travaux sans les avoir soumis au vote ?
Si des honoraires ont été prélevés sans vote, le syndicat des copropriétaires doit d'abord envoyer une lettre de mise en demeure au syndic pour exiger le remboursement des sommes indûment perçues. En cas d'échec, un recours devant le tribunal judiciaire est possible pour faire valoir les droits de la copropriété.
Les honoraires du syndic sur travaux sont-ils inclus dans le contrat de base ?
Non. Depuis la loi ALUR de 2014, les honoraires pour travaux ne peuvent plus être inclus de manière forfaitaire dans le contrat de syndic de base. Ils doivent être votés spécifiquement pour chaque projet de travaux, car ils constituent une prestation exceptionnelle non comprise dans la gestion courante.
La règle sur les honoraires syndic s'applique-t-elle aux travaux urgents ?
Oui, mais avec une procédure différente. Pour des travaux urgents nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble, le syndic peut engager les dépenses sans vote préalable. Il doit cependant convoquer une AG immédiatement après pour ratifier les travaux et faire voter ses honoraires a posteriori.
